Baisse de désir sexuel dans le couple : comprendre et agir

Si l’un de vous a moins envie que l’autre, vous n’êtes ni cassé·e, ni anormal·e, ni en train de ne plus vous aimer. Le désir qui s’essouffle dans un couple est l’une des situations les plus fréquentes que je rencontre en cabinet. Et c’est aussi l’une des plus silencieuses, parce qu’on en a souvent honte.
Dans cet article, je vous propose de comprendre comment fonctionne réellement le désir, pourquoi il devient rarement identique entre deux partenaires, et comment sortir de la spirale d’incompréhension qui s’installe peu à peu. Pas de recette miracle ici : seulement des repères clairs, déculpabilisants, et des pistes concrètes pour rouvrir le dialogue.
Le désir asymétrique, c’est normal
On imagine souvent qu’un couple sain est un couple où les deux partenaires ont envie au même moment, avec la même intensité. C’est un mythe. Dans la grande majorité des couples, l’un a un peu plus de désir spontané et l’autre un désir plus lent à s’éveiller. Cette asymétrie n’est pas un problème en soi : elle ne devient douloureuse que lorsqu’elle est interprétée comme un rejet ou un manque d’amour.
Les recherches en sexologie distinguent deux grandes manières de ressentir l’envie. Le désir dit spontané surgit de lui-même, sans stimulus particulier. Le désir réactif, lui, a besoin d’un contexte, d’une tendresse, d’une mise en condition pour apparaître. Aucun des deux n’est supérieur à l’autre. Beaucoup de personnes, souvent les femmes mais pas uniquement, fonctionnent surtout sur un désir réactif : l’envie vient pendant la rencontre, pas forcément avant.
Comprendre cela change tout. Attendre que son ou sa partenaire ait spontanément envie « comme avant » alors que son désir est réactif crée une attente impossible, et donc une déception programmée.
Les causes fréquentes d’une baisse de désir
Quand le désir diminue durablement, il y a presque toujours plusieurs facteurs entremêlés. Les isoler aide à dédramatiser et à savoir où agir.
- La fatigue et la charge mentale : le travail, les enfants, les nuits hachées épuisent une énergie dont le désir a besoin pour exister.
- Les facteurs hormonaux et physiologiques : post-partum, allaitement, ménopause, certains traitements, ou un taux de prolactine élevé peuvent réduire la libido. Un avis médical est ici précieux.
- Le stress, l’anxiété ou un épisode dépressif : le corps en alerte met la sexualité en pause.
- L’habitude et la routine : une sexualité devenue prévisible peut perdre sa charge d’excitation.
- Les tensions relationnelles : rancunes accumulées, manque de complicité, conflits non résolus. Le désir est très sensible au climat émotionnel du couple.
Lorsque la baisse de désir est marquée, durable et source de souffrance pour la personne, on parle parfois de trouble du désir sexuel hypoactif (TDSH). Ce diagnostic ne se pose qu’en tenant compte du vécu réel et du contexte, jamais d’une norme de fréquence.
Vous avez l’impression de ne plus parler de sexualité sans que cela tourne au reproche ?
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Prendre rendez-vousLa spirale d’évitement : ce cercle qui s’installe sans bruit
Le plus souvent, ce n’est pas la baisse de désir elle-même qui abîme le couple, mais la manière dont chacun y réagit. Un cercle vicieux s’installe, presque toujours le même.
La personne qui a le plus de désir se sent peu à peu rejetée. Elle insiste, ou au contraire se renferme et boude. La personne qui a le moins de désir ressent alors une pression : chaque geste tendre devient une demande déguisée. Pour éviter cette pression, elle se met à éviter les moments d’intimité, parfois même les câlins ou les baisers, de peur qu’ils « engagent » à plus.
Résultat : moins de tendresse, donc moins d’occasions de réveiller un désir réactif, donc encore moins d’envie. Et de l’autre côté, encore plus de sentiment de rejet. Chacun se protège, et les deux s’éloignent. C’est la spirale d’évitement, et elle se nourrit du silence.
Reconnaître les signaux
Vous évitez de vous coucher en même temps ? Les marques d’affection ont quasiment disparu de peur du « malentendu » ? Vous anticipez la frustration avant même qu’elle arrive ? Ce sont des signes que la spirale est en place. Les nommer, c’est déjà commencer à en sortir.
Briser le cycle : des pistes concrètes
Sortir de cette dynamique demande de remettre du sens et de la sécurité avant de remettre de la sexualité. Quelques leviers que je travaille souvent avec les couples :
- Séparer la tendresse de la sexualité : redonner le droit de se câliner, s’embrasser, se tenir, sans que cela soit un préliminaire obligé. Cela désamorce la pression.
- Parler du désir hors du lit : aborder le sujet dans un moment neutre, habillé·e, sans enjeu immédiat, change complètement la qualité de l’échange.
- Cultiver le contexte du désir réactif : ralentir, créer des moments de complicité, réintroduire de la nouveauté et du jeu plutôt que d’attendre l’envie spontanée.
- Exprimer un besoin plutôt qu’un reproche : « j’ai besoin de me sentir désiré·e » résonne autrement que « tu ne veux jamais ».
Ces pistes aident, mais quand le cycle est ancré, il est souvent difficile d’en sortir seul·e, justement parce que chacun y participe sans le vouloir. C’est là qu’un regard extérieur devient utile.
La thérapie de couple : un espace pour se retrouver
La thérapie de couple offre un cadre neutre et confidentiel où chacun peut exprimer son vécu sans crainte du jugement ni du conflit. Mon rôle n’est pas de désigner un « responsable », mais de vous aider à comprendre ensemble la dynamique qui s’est installée et à la transformer.
Selon les situations, je m’appuie sur des approches issues des thérapies cognitivo-comportementales pour assouplir les pensées qui parasitent le désir (« je dois toujours avoir envie », « s’il m’aimait il me désirerait »), et sur des exercices doux à vivre à deux entre les séances. Lorsque le sujet touche surtout à l’histoire personnelle de l’un des partenaires, un accompagnement en thérapie individuelle peut compléter le travail.
L’objectif n’est jamais de revenir à une fréquence imposée, mais de retrouver une sexualité qui vous correspond à tous les deux, vécue avec plaisir et liberté plutôt qu’avec pression.
Questions fréquentes
Est-ce grave si je n’ai plus du tout envie de mon ou ma partenaire ?
Faut-il consulter un médecin ou un sexothérapeute ?
Mon ou ma partenaire refuse de consulter, que faire ?
Une baisse de désir peut-elle se résoudre vraiment ?
Et si vous repreniez le dialogue, à deux ?
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